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Le Maroc lance une opération militaire dans la zone tampon du Sahara occidental

LE CAIRE – Le Maroc a lancé une opération militaire dans une bande tampon patrouillée par les Nations Unies au Sahara occidental, intensifiant les tensions dans le territoire contesté et menaçant une trêve fragile qui se déroule dans la région depuis près de trois décennies.

Les autorités marocaines ont déclaré vendredi que leurs forces s’étaient installées dans la bande tampon, dans la zone de Guerguerat, après des semaines de «provocations» de la part de membres du Front Polisario, un mouvement indépendantiste.

Les tensions dans la région remontent à 1975 lorsque le Maroc a annexé le désert, un ancien protectorat espagnol qui a également été brièvement occupé par la Mauritanie. Pendant des années, le Polisario s’est battu pour l’indépendance du Maroc dans une résistance armée qui a duré jusqu’en 1991, lorsque les Nations Unies ont négocié un armistice entre les deux parties.

Depuis le 21 octobre, le Front Polisario a bloqué la circulation des biens et des personnes le long de la route principale dans la zone reliant le Maroc et la Mauritanie, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Le ministère a accusé le groupe d’avoir commis des «actes de banditisme» et de «harceler» les forces de maintien de la paix de l’ONU opérant dans la région.

La route se situe à la jonction de la partie du territoire contesté contrôlée par le Maroc et traverse la bande tampon vers les frontières entre le Sahara occidental et la Mauritanie. Le Front Polisario considère la route comme illégale car, selon eux, elle a été construite en violation de la trêve de 1991.

Les forces de sécurité marocaines ont annoncé avoir mis en place un «cordon de sécurité» jeudi soir pour sécuriser la circulation des marchandises et des personnes à travers la zone tampon et ont déclaré vendredi que les troupes avaient entièrement sécurisé le passage. Les autorités n’ont pas précisé le nombre de soldats impliqués ni s’ils avaient un autre objectif.

Des responsables du Front Polisario ont accusé vendredi les forces de sécurité marocaines d’avoir tiré sur des civils qui, selon eux, avaient «manifesté pacifiquement» contre ce qu’ils considèrent comme le pillage des ressources du Maroc et le silence des Nations Unies sur les violations des droits de l’homme. Un responsable a déclaré qu’il n’y avait pas eu de rapports immédiats de décès ou de blessures.

Le Polisario a confirmé vendredi dans un communiqué avoir attaqué des cibles marocaines mais n’a signalé aucun décès ni blessé. Ils ont également déclaré qu’ils avaient pu évacuer les manifestants sans aucun dommage.

Brahim Ghali, le secrétaire général du Front Polisario, a déclaré que l’opération marocaine constituait un «acte d’agression et une violation flagrante du cessez-le-feu» mis en place en 1991.

En lançant l’opération, le Maroc a sapé «toute chance de parvenir à une solution pacifique et durable de la question de la décolonisation du Sahara occidental», M. Ghali dit dans une lettre au Secrétaire général des Nations Unies António Guterres.

Un porte-parole de M. Guterres a déclaré qu’il s’était engagé dans «de multiples initiatives» pour désamorcer la situation et ferait «tout son possible pour éviter l’effondrement du cessez-le-feu».

Lorsque l’armistice a été déclaré il y a trois décennies, le Conseil de sécurité de l’ONU a créé une mission pour superviser la trêve et planifier un référendum au cours duquel les autochtones du territoire, connus sous le nom de Sahraouis, choisiraient entre l’indépendance ou l’intégration avec le Maroc.

Ce référendum ne s’est pas encore concrétisé, des milliers de sahraouis déplacés continuant de vivre dans des camps de réfugiés près de la ville algérienne de Tindouf.

Les Nations Unies ont rapporté fin octobre que la circulation avait été bloquée à Guerguerat et ont exhorté toutes les parties «à faire preuve de retenue et à prendre toutes les mesures nécessaires pour désamorcer toute tension». Le Conseil de sécurité a également prorogé le mandat de l’opération de maintien de la paix au moins jusqu’en octobre 2021.

Les négociations entre les deux parties sont au point mort depuis que l’ancien président allemand Horst Köhler a démissionné l’année dernière de son poste d’envoyé de l’ONU au Sahara occidental, invoquant des raisons de santé.

Le Maroc a déclaré vendredi qu’il avait informé les Nations Unies et les pays voisins de ses plans militaires. Dans un communiqué, le ministère marocain des Affaires étrangères n’a eu «d’autre choix que d’assumer ses responsabilités afin de mettre un terme à l’impasse».

Cyril Ramaphosa, président sud-africain et actuel président de l’Union africaine, a demandé jeudi aux responsables du Maroc et du Sahara occidental de désamorcer les tensions et de revenir à la table des négociations.

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