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Le Burkina Faso tient le scrutin présidentiel dans “ un climat de peur ” au milieu d’attaques djihadistes

Le Burkina Faso se rend aux urnes dimanche lors des élections présidentielles et législatives dans un contexte de détérioration de la situation sécuritaire. FRANCE 24 interroge un expert sur les enjeux et les enjeux de l’élection du pays.

Alors qu’une grande partie de l’attention du monde s’est concentrée sur la course à la présidentielle américaine, 2020 a été une année électorale chargée pour l’Afrique de l’Ouest, avec un certain nombre de pays qui se sont rendus aux urnes lors d’élections avec des enjeux géopolitiques nationaux et régionaux élevés.

En Guinée, le titulaire, Alpha Condé, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 18 octobre, accordant à l’homme politique de 82 ans un troisième mandat à la suite d’un référendum constitutionnel controversé qui a réinitialisé sa limite de deux mandats.

En Côte d’Ivoire, pôle économique de l’Afrique de l’Ouest francophone, le président Alassane Ouattara a également été déclaré vainqueur – avec plus de 94% des voix – du scrutin du 31 octobre. À l’instar de son homologue guinéen, le titulaire ivoirien a supervisé un amendement constitutionnel qui a réinitialisé le calendrier politique, annulant les deux premiers mandats présidentiels de Ouattara et mettant son compteur à zéro.

Le petit Burkina Faso enclavé est le dernier à rejoindre le cycle électoral de l’Afrique de l’Ouest de 2020, qui se terminera au Niger le 27 décembre.

Contrairement à ses voisins, l’élection présidentielle au Burkina Faso de dimanche n’est pas éclipsée par des différends constitutionnels. Cependant, la situation en matière de sécurité a considérablement diminué dans ce pays d’environ 20 millions d’habitants. Les attaques djihadistes dans l’ensemble de la région du Sahel se sont propagées au nord et à l’est du Burkina Faso au cours des cinq dernières années, faisant plus de 1 200 morts et obligeant environ un million de personnes à quitter leurs foyers.

Le déclin de la situation sécuritaire a suscité la nostalgie de la stabilité dont jouissait le pays sous l’ancien homme fort, Blaise Compaoré, qui a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans avant son éviction lors d’un soulèvement populaire de 2014. Compaoré – ou “Beau Blaise“(Beautiful Blaise) comme il était surnommé dans sa jeunesse – a vécu en exil en Côte d’Ivoire voisine. Mais son ombre a plané largement tout au long de la campagne électorale de 2020.

Le favori de l’élection de dimanche, le président Roch Marc Christian Kaboré, a fait campagne sur une plate-forme de “paix et victoire pour notre peuple”. Mais les attaques terroristes croissantes et les victoires djihadistes au cours de ses cinq années au pouvoir ont miné ses promesses électorales.

Kaboré fait face à un défi de taille de la part de Zéphirin Diabré, ancien ministre des Finances burkinabé et finaliste de l’élection présidentielle de 2015.

La campagne 2020 aurait semblé être une rediffusion de 2015 s’il n’y avait pas eu un nouveau venu parmi les 12 candidats à la présidentielle. Eddie Komboigo, un riche comptable de 56 ans, est debout sur un ticket pour le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) – parti de Compaoré.

Autrefois perçu comme une nation ouest-africaine stable, le sort du Burkina Faso est désormais étroitement lié à celui de la région du Sahel, où 5000 soldats français sont déployés dans le cadre de l’opération Barkhane, en coopération avec une nouvelle force européenne de l’opération Takuba. FRANCE 24 s’est entretenu avec Tanguy Quidelleur, expert du Burkina Faso, à l’Institut des sciences sociales et politiques, des enjeux des élections de dimanche.

FRANCE 24: En 2015, élection de Roch Marc Christian Kaboré a suscité beaucoup d’espoir car il semblait que le pays tournait une page historique après les 27 ans de règne de Blaise Campaoré. Quelle est la situation aujourd’hui?

Tanguy Quidelleur: Il y a une sorte de désillusion après avoir placé tant d’espoir dans l’ère post-Blaise Campaoré. Face à la détérioration de la situation sécuritaire, au manque de perspectives économiques, il y a parfois de la nostalgie. Certains électeurs fondamentalement anti-Campaoré se demandent désormais si cela en valait la peine. Le climat politique est assez sombre et les sondages ne suscitent pas beaucoup d’enthousiasme.

Lorsque vous parlez aux Burkinabés dans la rue, vous voyez une forme de démission et la majorité des gens n’ont aucun espoir réel de changement avec cette élection. Ils ont déjà du mal à faire face à la vie quotidienne. Les préoccupations tournent autour du coût de la vie et de l’accès aux produits de première nécessité. Il y a beaucoup de [internally] déplacées et que l’épidémie de Covid-19 a affecté de nombreuses activités.

Roch Marc Christian Kaboré a été critiqué pour la situation sécuritaire. On lui reproche également de trop s’appuyer sur les réseaux clientélistes. Il a fait campagne pour le développement des infrastructures et des routes, en particulier dans les zones où opèrent des groupes djihadistes.

F24: L’élection se déroule dans une situation sécuritaire extrêmement précaire. Cela a-t-il affecté la campagne?

TQ: Pendant la campagne, il a été extrêmement difficile d’assurer la sécurité des candidats et l’accès à certaines zones. Les groupes djihadistes ont ciblé des représentants de l’État, des civils, des chefs communautaires et religieux, ce qui a également alimenté les tensions entre les communautés.

La campagne a été marquée par la violence et un climat de peur. La campagne a été suspendue le 11 novembre, lorsque 14 soldats ont été tués dans une embuscade routière. Le véhicule d’un député a également été pris pour cible quelques jours plus tôt, tuant le conducteur.

F24: Donné ce contexte, pourrait-il affecter la participation électorale dimanche?

TQ: Il y aura un fossé entre les centres urbains – qui sont bien sécurisés et où les électeurs pourront se rendre aux urnes dimanche – et les zones rurales où, dans de nombreux endroits, les gens ne pourront pas se rendre aux urnes. Il y a également près d’un million de personnes déplacées vivant dans des camps.

Pour pallier à cette situation, il y a eu un amendement au Code électoral: dans des circonstances exceptionnelles, si l’élection ne peut avoir lieu dans certains bureaux de vote, le scrutin peut encore être validé.

Cela revient à exclure une partie de l’électorat. Les gens ne se sentiront pas représentés et cela soulève des questions sur la légitimité du vote.

F24: L’autre enjeu majeur a été la “réconciliation nationale” après la chute de Blaise Campaoré. Malgré son absence physique, l’ancien président est-il toujours une présence incontournable?

TQ: La classe politique burkinabè a été formée et nourrie par Blaise Campaoré. Certains acteurs politiques n’hésitent pas à parler du retour de l’ancien chef de l’Etat dans le pays dans le cadre de ce qu’ils appellent la «réconciliation nationale». Il s’agit essentiellement d’une stratégie pour séduire les nostalgiques de l’ancien régime et siphonner les votes du CDP. Cet appel au retour est avant tout symbolique – il fait partie du jeu politique car en réalité, l’ancien président n’aura d’autre choix que de faire face à la justice [if he returns to Burkina Faso]. Ce retour et cette «réconciliation nationale» restent donc très hypothétiques.

Cet article a été traduit de l’original en français.

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