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La France a permis le génocide au Rwanda de 1994, selon un rapport

NAIROBI, Kenya – La France a joué un rôle «significatif» en «permettant un génocide prévisible» au Rwanda, selon un rapport commandé par le gouvernement rwandais qui a été publié lundi et qui fait écho aux conclusions d’une récente évaluation de la France.

Le rapport offrait une nouvelle perspective accablante sur les événements qui ont conduit au meurtre d’au moins 800 000 personnes en 1994, arguant que la France «n’avait rien fait pour arrêter» le massacre des Tutsi par un gouvernement rwandais dominé par des membres de l’ethnie hutu.

Vingt-sept ans après le génocide, la France et le Rwanda tentent de rétablir les faits sur ce qui s’est passé pendant l’effusion de sang, ont déclaré des responsables gouvernementaux, à la fois pour répondre aux demandes nationales et pour améliorer les relations bilatérales.

Le rapport de 600 pages, produit par un cabinet d’avocats de Washington, a conclu que le gouvernement français n’était «ni aveugle ni inconscient» en ce qui concerne le génocide imminent, tout en continuant dans son «soutien indéfectible» au gouvernement du président rwandais de l’époque Juvénal Habyarimana . Il a accusé le gouvernement de l’ancien président français François Mitterrand de le faire afin de faire progresser et de renforcer sa propre influence et ses intérêts dans le pays.

Nation enclavée de plus de 12 millions d’habitants en Afrique centrale, le Rwanda était une colonie belge jusqu’à son indépendance en 1962. Mais pendant le génocide, la France, qui avait des liens étroits avec le régime de Habyarimana, a envoyé ses troupes au Rwanda dans le cadre d’un United Opération militaire mandatée par les Nations.

«Les responsables français ont armé, conseillé, formé, équipé et protégé le gouvernement rwandais, sans tenir compte de l’engagement du régime Habyarimana en faveur de la déshumanisation et, en fin de compte, de la destruction et de la mort des Tutsis au Rwanda», indique le rapport.

Le rapport accuse également la France d’avoir dissimulé son rôle dans le génocide – qui s’est déroulé sur environ 100 jours – en protégeant ceux qui ont participé aux tueries et en retenant «des documents et témoignages critiques» qui éclaireraient davantage ses actions.

Les auteurs du rapport, cependant, n’ont trouvé «aucune preuve que des responsables ou du personnel français aient participé directement à l’assassinat de Tutsi pendant cette période».

Le mois dernier, la France a publié un rapport concluant que le gouvernement français portait «des responsabilités écrasantes» pour le génocide, car il restait allié au gouvernement «raciste, corrompu et violent» dirigé par les Hutu alors même que les dirigeants se préparaient à massacrer les Tutsis. Mais le rapport, commandé par le président Emmanuel Macron et rédigé par des historiens, a dégagé les Français de la complicité dans le génocide.

Lors d’une cérémonie dans la capitale rwandaise de Kigali ce mois-ci pour marquer le 27e anniversaire du génocide, le président Paul Kagame a salué le rapport français, affirmant qu’il montrait que «les vies rwandaises n’étaient que des pions dans les jeux géopolitiques».

“Nous nous félicitons de ce rapport car il marque une étape importante vers une compréhension commune de ce qui s’est passé”, a déclaré M. Kagame. «Cela montre la volonté même des dirigeants français d’avancer avec une bonne compréhension de ce qui s’est passé.»

Le rapport intervient alors que M. Kagame fait face à des critiques croissantes à l’étranger sur la manière dont son gouvernement traite les critiques, y compris l’affaire de terrorisme en cours contre l’ancien hôtelier Paul Rusesabagina.

Le gouvernement rwandais a chargé en 2017 le cabinet d’avocats de Washington Levy Firestone Muse d’enquêter sur le rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi. Le rapport de l’entreprise s’appuie sur une gamme de sources, notamment des rapports gouvernementaux, des vidéos, des documentaires et des entretiens avec plus de 250 témoins.

La France et le Rwanda se sont disputés pendant des années les récits sur la façon dont le génocide s’est déroulé et l’étendue de la complicité française. Mais les relations ont progressivement commencé à se dégeler. En 2018, M. Macron a soutenu l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, pour diriger l’Organisation internationale de la Francophonie, une coalition de pays francophones – une initiative largement perçue comme un effort pour renforcer les relations avec Kigali.

M. Kagame s’est également rendu en France au moins trois fois depuis 2018, et les médias français ont rapporté que M. Macron pourrait se rendre au Rwanda cette année. Nicolas Sarkozy a été le dernier président français à se rendre au Rwanda en 2010.

Ces dernières années, plusieurs affaires liées au génocide ont fait surface devant les tribunaux français.

En mai dernier, Félicien Kabuga, accusé de financement du génocide, a été arrêté à Paris après plus de deux décennies de fuite. En juillet, une cour d’appel française a mis fin à une enquête sur l’accident d’avion qui a tué M. Habyarimana, un événement qui a déclenché le génocide de 1994 et dont les alliés de M. Kagame ont été accusés. Et un prêtre rwandais a été arrêté en France la semaine dernière pour son rôle présumé en aidant ceux qui ont tué des personnes dans son église pendant le génocide.

Dans une interview accordée au journal français Le Monde lundi, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta, a déclaré que le nouveau rapport «contribuerait à la réconciliation entre la France et le Rwanda».

M. Biruta a ajouté: «Si des excuses devaient être formulées un jour, ce serait un pas dans la bonne direction pour restaurer la confiance.»

Aurélien Breeden a contribué au reportage de Paris.

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