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La capitale soudanaise secouée par de nouveaux affrontements dans la rue alors que l’ONU condamne le coup d’État

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Les forces de sécurité se sont affrontées jeudi avec des manifestants furieux contre un coup d’État militaire qui a fait dérailler une transition fragile vers la démocratie et déclenché un tollé international.

Au moins un manifestant a été tué, selon des médecins, au quatrième jour des violences de rue à Khartoum, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU appelait l’armée à rétablir le gouvernement dirigé par des civils qu’elle a renversé lundi.

Le conseil, dans une déclaration adoptée à l’unanimité, a exprimé sa “sérieuse préoccupation” au sujet de la prise de pouvoir de l’armée dans ce pays d’Afrique du Nord-Est frappé par la pauvreté et a exhorté toutes les parties “à engager un dialogue sans conditions préalables”.

Le général Abdel Fattah al-Burhan – le chef de facto du Soudan depuis l’éviction en 2019 de l’autocrate vétéran Omar al-Bashir après d’énormes manifestations menées par des jeunes – a dissous lundi le fragile gouvernement du pays.

Alors que le leader civil, le Premier ministre Abdalla Hamdok, est effectivement assigné à résidence, la capitale a été secouée par des jours de troubles et se prépare à de grandes manifestations samedi.

Les routes ont été bloquées par des barricades de rochers, de débris et de pneus de voitures en feu qui ont envoyé de la fumée noire dans le ciel, tandis que la plupart des magasins ont été fermés dans le cadre d’une campagne de désobéissance civile.

“Nous ne voulons pas de pouvoir militaire, nous voulons une vie démocratique libre dans ce pays”, a déclaré un manifestant, qui a demandé à garder l’anonymat.

L’emprise des généraux sur le pays

Les derniers affrontements de rue jeudi ont secoué le quartier agité de Khartoum à l’est de Burri et la banlieue de Khartoum-Nord, ont indiqué des journalistes de l’AFP.

Au moins un manifestant a été tué dans les affrontements à Khartoum-nord, a déclaré un comité de médecins lié au mouvement de protestation.

Cela porte à huit le nombre de manifestants tués depuis le coup d’État de lundi, contre sept donnés par les responsables de la santé plus tôt dans la journée. Quelque 170 ont été blessés.

Des gaz lacrymogènes et des balles enrobées de caoutchouc ont été tirés sur les manifestants jeudi et des témoins ont fait état de plusieurs blessés.

Le coup d’État est le dernier à avoir frappé le pays qui n’a connu que de rares intermèdes démocratiques depuis l’indépendance en 1956.

La Banque mondiale et les États-Unis ont gelé l’aide et dénoncé la prise de pouvoir de l’armée, tandis que l’Union africaine a suspendu l’adhésion du Soudan pour ce qu’elle a qualifié de prise de contrôle “inconstitutionnelle”.

Les États-Unis, l’UE, la Grande-Bretagne, la Norvège et d’autres pays ont souligné dans une déclaration conjointe leur reconnaissance continue du « Premier ministre et de son cabinet en tant que dirigeants constitutionnels du gouvernement de transition ».

Le Soudan était dirigé depuis août 2019 par un conseil civilo-militaire conjoint, aux côtés de l’administration Hamdok, dans le cadre d’une transition vers un régime civil à part entière.

Ces dernières années, le pays – anciennement inscrit sur la liste noire des États-Unis en tant que « parrain d’État du terrorisme » – a fait des progrès pour rejoindre la communauté internationale, dans l’espoir de stimuler l’aide et les investissements.

Mais les analystes avaient déclaré que le rôle des civils avait reculé avant le coup d’État, que les experts considèrent comme le moyen pour les généraux de maintenir leur emprise de longue date sur le pays.

Gaz lacrymogène, balles en caoutchouc

Rappelant les manifestations de masse de 2019, les mouvements pro-démocratie soudanais ont appelé samedi à “des millions de manifestations fortes”, exacerbant encore les tensions.

Un manifestant a décrit jeudi le jeu du chat et de la souris avec les forces de sécurité, affirmant qu’elles “tentent depuis hier matin de retirer toutes nos barricades, en tirant des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc”.

“Mais nous allons les reconstruire dès leur départ”, a ajouté le militant Hatem Ahmed, de Khartoum. “Nous ne retirerons les barricades que lorsque le gouvernement civil sera de retour.”

Burhan, un général de haut rang pendant les trois décennies de règne intransigeant de Bashir, a limogé six ambassadeurs soudanais – y compris aux États-Unis, dans l’UE, en Chine et en France – qui ont critiqué ses actions.

La ministre des Affaires étrangères Mariam al-Sadiq al-Mahdi – dont le père était le Premier ministre renversé par le coup d’État de Bashir en 1989 – est l’un des rares dirigeants civils à ne pas être en détention et est devenue une voix de premier plan dans la critique.

Jeudi, elle a fait l’éloge des diplomates – 68 selon l’un d’entre eux – qui se sont opposés à la prise de contrôle, affirmant que “tout ambassadeur libre qui s’oppose au coup d’État est une victoire pour la révolution”.

(AFP)

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