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L’Éthiopie dépose des accusations de terrorisme contre des dirigeants de l’opposition

Jawar Mohammed, un militant oromo et chef de file de la manifestation oromo salue ses partisans devant sa maison à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 23 octobre 2019. REUTERS / Tiksa Negeri
Jawar Mohammed, un activiste oromo et chef de file de la manifestation oromo salue ses partisans devant sa maison à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 23 octobre 2019. REUTERS / Tiksa NegeriJawar Mohammed

L’Éthiopie a annoncé samedi qu’elle accusait les principaux politiciens de l’opposition Jawar Mohammed et Bekele Gerba de crimes tels que le terrorisme et l’incitation à la violence, une mesure qui risque d’aggraver les tensions dans la région agitée d’Oromia.

Les accusations – qui pourraient entraîner la réclusion à perpétuité – se rapportent à des violences qui ont éclaté après la mort par balle en juin de Hachalu Hundessa, un chanteur populaire de l’ethnie Oromo qui a exprimé les sentiments d’Oromo de marginalisation politique et économique.

Dans les jours qui ont suivi le meurtre d’Hachalu le 29 juin, jusqu’à 239 personnes sont mortes dans des violences interethniques et des affrontements avec des soldats et des policiers qui ont mis en évidence les problèmes de sécurité auxquels le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix de l’année dernière.

Jawar et Bekele faisaient partie des plus de 9000 personnes prises dans les arrestations massives ultérieures qui ont alimenté les critiques selon lesquelles Abiy saisit les troubles pour faire taire les opposants politiques et les critiques.

Le bureau du procureur général a annoncé des accusations contre 24 suspects dans un message Facebook samedi.

Il s’agit notamment de «tenter d’inciter à des conflits ethniques et religieux pour amener les citoyens à se retourner contre leurs concitoyens».

Parmi les autres suspects figurent plusieurs critiques de haut niveau d’Abiy vivant à l’étranger, comme l’éminent activiste Oromo Tesgaye Regassa et l’ancien allié d’Abiy devenu critique Berhanemeskel Abebe.

L’avocat de Jawar, Tuli Bayyisa, a déclaré samedi à l’AFP qu’il n’avait pas été informé des accusations mais les a rejetées comme étant sans fondement.

«C’est très étonnant. Je suis sûr à 100% que cela pourrait prendre des années, des années et des années, mais ils ne prouveront pas ces allégations si la loi fonctionne vraiment », a déclaré Tuli.

La déclaration du procureur général n’a pas fourni de détails sur les accusations, mais Tuli a déclaré que dans le cas de Jawar, elles semblaient concerner une bagarre autour du cadavre d’Hachalu qui a entraîné la mort d’un policier.

«Aucun témoin n’a systématiquement parlé d’un quelconque crime… commis par M. Jawar ou M. Bekele», a-t-il déclaré.

Jawar a joué un rôle central dans les manifestations anti-gouvernementales qui ont propulsé Abiy au pouvoir en 2018.

Abiy est le premier dirigeant oromo d’Éthiopie, mais il fait face à d’intenses critiques de la part de nationalistes oromo comme Jawar qui l’accusent d’être un pauvre défenseur de leurs intérêts et de se comporter comme un dictateur.

Le procès de Jawar risque d’alimenter la violence à Addis-Abeba et à Oromia, la région la plus peuplée du pays qui entoure la capitale.

Le mois dernier, les forces de sécurité ont abattu au moins cinq personnes dans une répression des manifestations contre la détention de Jawar déclenchée par des informations selon lesquelles il ne recevait pas de soins médicaux appropriés.

Et en octobre dernier, des dizaines de personnes ont été tuées après que Jawar ait accusé les forces de sécurité d’avoir tenté d’orchestrer une attaque contre lui.

Jawar et Bekele, tous deux membres du Congrès fédéraliste d’Oromo d’opposition, devraient comparaître devant le tribunal lundi.

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