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L’Algérie rend hommage à l’ex-président Abdelaziz Bouteflika avec des funérailles discrètes

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Des funérailles ont commencé dimanche en Algérie pour Abdelaziz Bouteflika, le président le plus ancien du pays d’Afrique du Nord, dans un cimetière de ses héros de l’indépendance, mais sans les honneurs accordés aux dirigeants décédés avant lui.

Bouteflika est décédé vendredi à l’âge de 84 ans, ayant vécu en reclus depuis qu’il a été chassé du pouvoir il y a plus de deux ans.

L’homme fort vétéran a quitté ses fonctions en avril 2019 après que l’armée l’a abandonné après des semaines de manifestations de rue déclenchées par sa candidature à un cinquième mandat présidentiel.

Il était arrivé au pouvoir en 1999 sur une vague de soutien populaire alors que son offre d’amnistie aux militants islamistes a contribué à mettre fin à une guerre civile de dix ans.

Un véhicule blindé a remorqué le cercueil recouvert du drapeau sur un affût de canon orné de fleurs et escorté par des files de policiers à moto.

Son successeur le président Abdelmadjid Tebboune, des membres du gouvernement et des diplomates étrangers se sont rassemblés au cimetière, gardés par des agents de sécurité en uniforme bleu et noir.

Le cortège a voyagé de la maison de retraite de Bouteflika au cimetière à l’est du centre-ville d’Alger, alors que des passants l’ont filmé avec leurs téléphones portables.

Seuls les journalistes des médias publics nationaux algériens ont eu accès à la cérémonie elle-même, et la période de deuil officiel ne durera que trois jours au lieu de huit.

Sans tambour ni trompette, contrairement aux précédents décès présidentiels, la télévision d’État avait annoncé que Bouteflika serait inhumé à El-Alia, où sont enterrés ses prédécesseurs.

Le Palais du Peuple, où d’autres présidents avaient été déposés, semblait avoir été prêt à exposer sa dépouille avant l’inhumation. Cependant, le mensonge en état a été annulé, selon des sources.

Isabelle Werenfels, spécialiste du Maghreb à l’institut allemand SWP, a déclaré à l’AFP que les dirigeants du pays sont probablement nerveux “car il y a beaucoup de haine sur les réseaux sociaux autour de la figure de Bouteflika”.

Elle a ajouté que les décideurs ne savaient pas trop quoi faire “parce que parmi les élites politiques, administratives et économiques, il y en a un assez grand nombre qui sont des produits ou des profiteurs de l’ère Bouteflika”.

>> Le mandat de Bouteflika en Algérie marqué par la reconnaissance par les présidents français du passé colonial

Réactions en sourdine

L’annonce de sa mort a déclenché des réactions mitigées dans l’ancienne colonie française, et certains voient ses deux décennies de règne comme une période d’occasions manquées.

Il voulait surpasser son mentor, le deuxième président du pays Houari Boumediene, avec des réalisations dont un renforcement de l’influence régionale de l’Algérie et “tourner la page de la décennie noire” de la guerre civile qui a fait environ 200 000 morts, a déclaré Louisa Dris, professeur de politique à l’Université d’Alger. dit Ait Hamadouche.

Au lieu de cela, “les institutions de l’État n’ont jamais été aussi affaiblies, aussi divisées ou aussi discréditées”, a-t-elle déclaré.

Dans les rues de la capitale Alger, de nombreux habitants ont déclaré à l’AFP que l’ancien président formidable ne serait pas manqué.

Un retraité, Ali, a déclaré que Bouteflika “a servi son pays, mais malheureusement il a fait une grosse erreur” avec un quatrième mandat présidentiel puis en sollicitant un cinquième lorsqu’il était malade.

Mauvaise santé et protestations

Surnommé “Boutef” par les Algériens, il était connu pour porter son costume trois pièces de marque même dans la chaleur étouffante, et a gagné le respect en tant que ministre des Affaires étrangères dans les années 1970 ainsi que pour avoir aidé à favoriser la paix après la guerre civile.

L’Algérie a été largement épargnée par les soulèvements qui ont balayé le monde arabe en 2011, ce que beaucoup attribuent aux souvenirs de la guerre civile et à l’augmentation des aumônes de l’État.

Mais le règne de Bouteflika était marqué par la corruption. Malgré sa richesse pétrolière, la plus grande nation d’Afrique s’est retrouvée avec des infrastructures médiocres et un chômage élevé.

Bouteflika a été critiqué par des groupes de défense des droits et des opposants qui l’ont accusé d’être autoritaire.

Il a subi un mini-AVC en avril 2013 qui a affecté son discours et il a été contraint d’utiliser un fauteuil roulant. Pourtant, il a tout de même décidé de briguer un quatrième mandat.

Sa candidature en 2019 pour un cinquième mandat a déclenché des protestations qui se sont rapidement transformées en un mouvement pro-démocratie connu sous le nom de « Hirak ».

Certaines personnalités de l’ère Bouteflika ont finalement été emprisonnées, mais la vieille garde de son époque règne toujours en grande partie sur le pays.

(AFP)

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