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Le président tunisien nomme le Premier ministre au milieu des protestations contre la prise de pouvoir

TUNIS — Le président tunisien a nommé mercredi un nouveau Premier ministre au milieu des critiques croissantes concernant une série de mesures qu’il a prises au cours des deux derniers mois pour concentrer le pouvoir entre ses mains.

Le président, Kais Saied, a nommé Najla Bouden Romdhan, directrice générale au ministère de l’Enseignement supérieur qui dirige un programme financé par la Banque mondiale et conçu pour soutenir la modernisation du système d’enseignement supérieur du pays. Elle est la première femme à occuper le poste. La nomination est intervenue plus de deux mois après qu’il eut suspendu le Parlement, limogé le Premier ministre et pris lui-même les rênes du pouvoir dans ce que les opposants ont appelé un « coup d’État ».

M. Saied a promis en juillet de réintégrer un Premier ministre, et la nomination remplit techniquement cet engagement tout en faisant peu pour contrôler son accumulation rapide de pouvoir. Le nouveau Premier ministre, un ancien professeur de géologie à l’École nationale d’ingénierie, semble avoir peu d’expérience politique, ce qui fait qu’il est peu probable qu’elle représente une grande menace pour le président.

M. Saied est confortablement en charge de la Tunisie, s’étant donné le pouvoir de gouverner par décret, de rédiger unilatéralement des lois, de proposer des changements au système politique et de suspendre des parties de la Constitution. Le Parlement étant gelé et les services judiciaires, militaires et de sécurité sous son contrôle, il a arrêté plusieurs opposants politiques et imposé des interdictions de voyager et des gels d’avoirs aux hommes d’affaires et aux juges.

Tout cela s’est produit avec la bénédiction d’une grande partie de la population tunisienne, qui a accueilli la prise de pouvoir de M. Saied le 25 juillet comme leur seule chance de briser l’impasse politique du pays et d’échapper à ses crises économique et sanitaire.

Mais alors que des mois se sont écoulés sans que M. Saied propose un plan clair de réformes politiques ou économiques, de plus en plus de Tunisiens se sont inquiétés de la menace qui pèse sur leur démocratie naissante, la seule à émerger des manifestations du printemps arabe qui ont englouti la région il y a dix ans.

Dimanche, au moins 2 000 personnes ont protesté contre des actions, exigeant qu’il mette un terme à ce qu’ils ont appelé son « coup d’État ». Il fait face à des critiques croissantes de la part des partis politiques et des médias, y compris certains qui l’avaient soutenu.

M. Saied avait déclaré le 25 juillet que ses actions étaient des réponses temporaires aux urgences tunisiennes et qu’il nommerait un nouveau chef du gouvernement dans les 30 jours, mais a par la suite prolongé ses “mesures exceptionnelles”. Malgré les pressions locales et internationales croissantes, il a maintenu la suspension du Parlement et rejeté les appels au dialogue.

En nommant la première femme Premier ministre de Tunisie, le président peut espérer contrer les perceptions parmi les féministes tunisiennes selon lesquelles il ne soutient pas la pleine égalité des sexes en raison de son opposition à l’égalité de succession pour les femmes et les hommes.

Mais maintenant que M. Saied a concentré l’autorité entre ses propres mains, elle est susceptible de jouir de moins de pouvoir que les précédents premiers ministres et de ne pas faire plus que gérer les affaires courantes du gouvernement.

La Constitution charge le Premier ministre de choisir un cabinet, mais M. Saied s’est donné la semaine dernière cette responsabilité, affirmant que la disposition constitutionnelle ne s’appliquerait tout simplement plus.

Massinissa Benlakehal rapports contribués.

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