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L’ONU suspend les vols humanitaires vers le Tigré éthiopien après des frappes aériennes

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Le dernier bombardement aérien éthiopien de la capitale du Tigré vendredi a blessé 11 civils et contraint un vol de l’ONU à destination de la région menacée par la famine à faire demi-tour, ont indiqué vendredi à l’AFP des sources humanitaires et des médecins.

L’incident a incité l’ONU à suspendre ses vols de passagers bihebdomadaires vers le Tigré pour le personnel humanitaire, a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, aux journalistes lors d’une conférence de presse.

La grève, la cinquième sur la ville depuis lundi selon le gouvernement, a coïncidé avec une intensification des combats plus au sud dans la région d’Amhara alors que la guerre de près d’un an en Éthiopie se poursuit.

Une porte-parole du Premier ministre Abiy Ahmed, Billene Seyoum, a déclaré à l’AFP que l’armée de l’air visait un centre d’entraînement utilisé par le groupe rebelle du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) qui “servait également de plaque tournante du réseau de combat à l’organisation terroriste”.

Des habitants ont déclaré à l’AFP que la frappe avait touché un champ, l’un d’entre eux ayant déclaré avoir mis le feu à de l’herbe sèche collectée pour le bétail.

Un civil blessé lors d’une précédente frappe qui était soigné à l’hôpital phare du Tigré, Ayder Referral Hospital, a succombé à ses blessures vendredi, a déclaré le directeur de la recherche, le Dr Hayelom Kebede.

Le gouvernement d’Abiy est engagé dans une guerre contre le TPLF depuis novembre dernier, bien que le Tigré lui-même ait connu peu de combats depuis fin juin, lorsque les rebelles ont pris le contrôle d’une grande partie de la région la plus septentrionale de l’Éthiopie et que l’armée s’est en grande partie retirée.

Lundi, l’armée de l’air éthiopienne a lancé deux frappes dans la capitale du Tigré, Mekele, qui, selon l’ONU, ont tué trois enfants et blessé plusieurs autres personnes.

Et mercredi, il a bombardé des caches d’armes du TPLF à Mekele et dans la ville d’Agbe, à environ 80 kilomètres (50 miles) à l’ouest.

Un responsable de l’hôpital a indiqué à l’AFP que la grève de mercredi à Mekele avait fait au moins huit blessés, dont une femme enceinte.

Une quatrième frappe à Mekele jeudi n’a fait aucune victime, selon les médecins et le TPLF.

Le vol de l’ONU qui a été contraint de revenir en raison de la grève de vendredi transportait 11 personnels humanitaires, a déclaré Gemma Connell, chef du bureau de coordination humanitaire de l’ONU pour l’Afrique de l’Est.

“Je peux confirmer que le gouvernement a été informé de ce vol avant son décollage, et je peux également confirmer que le vol a été contraint de rebrousser chemin en raison des événements au sol”, a déclaré Connell.

Le porte-parole du TPLF, Getachew Reda, a critiqué l’armée de l’air pour avoir mis le vol en danger.

“Nos unités de défense aérienne savaient que l’avion de l’ONU devait atterrir et que c’était en grande partie à cause de leur retenue qu’il n’avait pas été pris entre deux feux”, a déclaré Getachew sur Twitter.

Les civils fuient vers le sud

La communauté internationale s’est alarmée de ces attaques.

Un porte-parole du département d’Etat américain a déclaré mercredi que Washington “condamne l’escalade continue de la violence, mettant les civils en danger”.

Les raids aériens interviennent au milieu des informations faisant état de violents combats à Amhara, où le TPLF a lancé une offensive en juillet.

Mercredi, Getachew a affirmé que les combattants rebelles avaient pris le contrôle d’au moins deux nouvelles villes d’Amhara, plaçant les villes de Kombolcha et de Dessie à proximité – où des dizaines de milliers de personnes ont cherché refuge contre leur avance – « à portée d’artillerie ».

Une grande partie du nord de l’Éthiopie est soumise à un black-out des communications et l’accès des journalistes est restreint, ce qui rend les affirmations sur le champ de bataille difficiles à vérifier de manière indépendante.

Les habitants de Dessie ont signalé jeudi une forte présence militaire dans la région alors que les civils déplacés des villes touchées par le conflit plus au nord continuaient d’arriver.

Les malheurs de l’aide

Pendant ce temps, l’ONU a une fois de plus tiré la sonnette d’alarme sur les conditions humanitaires désastreuses dans le Tigré, affirmant jeudi que certains groupes d’aide avaient été contraints de suspendre la distribution de nourriture par manque de carburant.

L’AFP a documenté des décès dus à la famine dans plusieurs parties du Tigré, sur la base de documents internes de groupes d’aide actifs là-bas.

L’ONU a déclaré la semaine dernière que le nombre de jeunes enfants hospitalisés pour malnutrition sévère entre février et août était le double du nombre enregistré au cours de la même période l’an dernier.

Quelque 2,5% des enfants dépistés ont reçu un diagnostic de malnutrition sévère au cours de la semaine dernière, a annoncé jeudi l’ONU, contre 2,3% la semaine précédente.

Le rapport de jeudi a également noté qu’au cours de la semaine se terminant le 13 octobre, seulement 52 000 personnes dans le Tigré ont reçu une aide alimentaire, soit un pour cent des 5,2 millions ciblés par les groupes d’aide.

“Pour atteindre 5,2 millions de personnes avec une aide alimentaire dans un cycle de six semaines, les partenaires devraient aider au moins 870 000 personnes en moyenne par semaine”, indique le rapport.

(AFP)

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